dimanche 28 juin 2015

Juste une danse

Viens on tourne


<< https://www.youtube.com/watch?v=xe_iCkFsQKE >>

On sort. Il fait chaud, et puis vous avez toutes mal aux pieds. On voit des chaises, partout, on en prend six qu'on positionne en un rond parfait. On doit aimer les ronds parce qu'à chaque fois c'est comme ça qu'on se regroupe. Les deux gars du DJ annoncent les futurs slows, il est censé y en avoir une série. Je vous regarde toutes, ma glace à moitié mangée dans la main, en me disant que j'irais danser le prochain puisqu'il y en aura plusieurs, que j'ai le temps. Évidemment, je pense déjà prendre ma position favorite, au milieu de la piste, à tourner avec deux autres personnes parce que c'est plus marrant à trois, à regarder les jolies petits couples formés par tous les autres gens qui auront été invités. Je ne vois rien venir, je ne suis pas dans le bon sens, tournée vers vous, vers la sortie. Et soudain :
- Tu veux danser ?
Je reconnais la voix et pourtant il y a quelque chose qui cloche. Mon cerveau fait un arrêt net tandis qu'à l'extérieur vous me voyez juste me lever d'un bond après avoir vérifié que c'est bien la bonne personne. J'aurais dû m'y attendre, c'est mon cavalier après tout. Mais non, pas du tout, c'est la surprise, incompréhension totale. Je reste plantée debout, à le fixer, puis ma glace, sans savoir quoi en faire. J'ai l'impression que l'instant dure beaucoup trop longtemps qu'il ne faut avant que je vous la donne finalement avec un sourire. Et puis je pars à ses côtés, encore éberluée par la tournure qu'on pris les événements. Finalement je danserais le premier slow, et pas comme je l'imaginais.

On s'avance, on traverse la foule, on rentre, la distance qui nous sépare de la piste de danse se brouille, c'est un peu comme le brouillard dans ma tête, je crois que je ne réalise pas encore. Directement, je repère un trou, près de l'entrée mais pas tout devant non plus et alors là moment de gêne, je perds soudain tous mes moyens et reste immobile, à observer les gens. Comment on fait ? Où est-ce qu'on met les mains déjà ? En plus c'est difficile de se repérer quand on panique. Et puis il rigole et ça me détend un peu. Je pose finalement mes mains à mi-chemin entre l'arrière de son cou et ses épaules. J'ai l'air du vilain petit canard, totalement perdue, pas du tout à l'aise. Je tourne en rond, toute raide, un peu autant qu'un bâton en fait, totalement crispée, en fixant le monde et en me disant qu'ils sont mignons, tous. Moi, je suis tellement loin de lui qu'on pourrait presque mettre une personne entre nous deux. Mais ça s'arrange au fur et à mesure, je commence à me détendre un peu. On a trouvé notre rythme après deux ou trois tours, c'est agréable finalement. La chanson n'a pas commencé depuis si longtemps. Je regarde les couples qui dansent à côté de moi, à gauche il y a deux amoureux qui se font un câlin, à droite la fille a sa tête posée sur son cavalier et regarde dans le vide. Je me demande si c'est naturel pour elle, parce que pour moi ça ne l'est pas. Je me rends compte que mon visage est au-dessus de son épaule, on s'est un peu rapproché en fait. Avec cette prise de conscience, interruption des musiques, un des surveillants prend le micro, il veut faire des remerciements. On se détache; j'applaudis et m'arrache les cordes vocales avec les autres et je sais qu'on va reprendre notre slow plus tard, parce que c'est intuitif.

Et puis le DJ remplace de nouveau les mots par une chanson alors tout le monde se remet en place comme si tout avait été prévu d'avance, et je retrouve tes bras et cette fois je n'ai pas d'hésitation parce que ça a déjà été fait avant et je ne suis plus du tout crispée j'ai l'impression que c'est logique, tout coule de source et c'est beau. Je pose ma tête sur ton épaule et on tourne en rond tout pareil qu'avant mais les choses ont changé et je ne pense plus aux autres, je profite seulement du moment en pensant à nous deux, à que tu vas partir et j'ai pas envie c'est trop dur alors parfois ma main tremble légèrement et se crispe mais toi tu resserres ton étreinte et je me sens bien. On s'est rapproché un peu plus à chaque tour, et je ne m'en suis pas rendue compte avant de sentir nos corps se toucher. Perdue dans cet instant je ne regarde même plus les gens qui viennent nous charrier. Je m'imprègne seulement de l'ambiance, du moment, de ton odeur. Mais j'ai du mal à ne pas penser à après et je sens que je vais craquer et je ne veux pas que tu le vois. Alors la chanson se termine et je pique quelques notes à la suivante avant de me dégager à regret. Je te regarde puis je pars, le cœur lourd et tout léger en même temps. C'était magique, là-bas. J'avais l'impression d'être un peu unique, dans tes bras. Et maintenant le choc est dur, parce qu'un atterrissage forcé ne se fait jamais en douceur mais j'attend encore avant de pleurer, j'attend les trois chansons suivantes, j'attend de t'avoir dis au revoir, j'attend de ne plus te voir, j'attend, j'attend, j'attend. Puis je craque. Je pleure pour toi, pour les autres, pour plein de choses en même temps. Je pars chez moi, fais comme si de rien n'était, puis une fois enfermée dans ma chambre je laisse les larmes couler, longtemps, et on a beau dire qu'après on se sent bien ça ne passe pas alors je m'endors bouleversée et me réveille du mauvais pied mais comme le temps arrange tout je prie pour que ça s'améliore et je me dis que pleurer pour vous, d'un côté, c'est beau.

+ https://www.youtube.com/watch?v=xf04UFOxoxg
J'ai hésité avec cette chanson parce qu'elle est trop magnifique du coup je vous en fait cadeau en plus

samedi 27 juin 2015

Dernière phrase, avec un point final

Je vous aime


Dernier soir

Alors voilà, ça faisait un an qu'on appréhendait ce moment mais comme le temps ne s'arrête pas à volonté, fallait bien qu'il arrive un jour. Je me rappelle encore de nos sourires goguenards quand on était parti l'an dernier, heureux de voir qu'il nous restait encore 10 mois ensemble après les vacances pour nous préparer aux adieux. Seulement voilà, on n'avait pas pensé que nos liens se resserreraient encore et que l'échéance n'était pas annulée, juste repoussée. Et maintenant, maintenant, on est au lendemain d'une soirée tellement belle qu'elle mériterait d'être gravée dans l'histoire. On a dansé, on a rit, on a parlé et on s'est amusés comme des fous. Et puis 23h est arrivé et avec cela les terribles adieux, qui vous font pleurer, vous rongent de l'intérieur et s'inscrivent à l'encre indélébile dans votre mémoire. Alors on s'est embrassé, les yeux plein de larmes, on s'est rappelé qu'on se reverrait pour certains et on a tenté vainement de se consoler mutuellement. On a fait des câlins par milliers, on s'est lancé des dernières phrases vibrantes d'amour et puis on est tous parti de notre côté, à jamais marqué par deux années passées ensemble.

Seulement voilà, je peux pas vous laisser partir comme ça, s'en rien faire, sans rien dire. Je me sens impuissante, coincée chez moi, alors que vous allez reconstruire votre vie, prendre appuis sur vos souvenirs et faire le monde meilleur comme ce que vous avez tout au long de ces deux années tous séparément. Donc je vous adresse encore deux petits mots que vous ne verrez pas, mais que j'ai besoin d'écrire pour survivre au chaos. Vous êtes tous géniaux, tous des amours, tous des anges tombés du ciel. Vous avez changé ma vie, ma perception des choses, vous m'avez fait mûrir, grandir, changé, tout en douceur, sans le vouloir peut-être, seulement en étant vous-même. Vous aussi, vous n'êtes pas restés exactement pareil mais c'est normal, on a tous bougé. Tous ensemble, toujours tous ensemble. Certains peuvent se plaindre d'avoir eu une scolarité mouvementée, la mienne n'est pas finie mais j'ai vécu du rêve. On s'est tellement soudé que j'avais presque l'impression de lire dans vos pensées, parfois, et on savait toujours ce qui allait sortir et de qui. Au début j'étais sceptique, j'avais peur de vous, j'étais un peu faible sûrement et dans ma tête notre classe, c'était du n'importe quoi. Au final c'était un cadeau du ciel et je ne peux même pas dire que je regrette de vous avoir rencontré parce que ça m'aurait permis de ne pas être triste parce que ce que j'ai ressenti en vivant à vos côtés vaut toutes les larmes du monde. Alors je vous ai aimé, adoré, à fond, de tout mon corps, de toute mon âme et quoi qu'il arrive je ne pourrais jamais vous oublier, parce que vous avez fait de moi ce que je suis maintenant et j'ai qu'une peur, c'est que le tout soit encore trop fragile pour survivre à l'épreuve lycée qui m'attend. Mais j'ai sûrement tord au fond, parce que votre amour c'est une armure en béton, et même si on est tous loin à présent, je le porte bien caché dans mon cœur pour que personne ne puisse me le voler. 

Maintenant, il me reste seulement quelques mots à dire et je pense que j'aurais fais le tour. Donc voilà, on était tous différents, on partait tous avec des a-priori et on les a combattu tellement fort qu'au bout de quatre mois ils avaient explosé. Ensuite, on était seulement une classe normale, pas trop unie, pas si magique. Mais on a appris à se connaître, à s'aimer, et on s'est tous accepté tel qu'on était. Et puis le temps a encore passé, s'est étalé sur deux merveilleuses années, et on peu se vanter d'être la classe la plus géniale au monde. Alors merci, merci pour tout ce que vous avez fait pour moi, pour nous, merci le ciel d'avoir fait en sorte qu'on se rencontre et de nous faire pleurer alors qu'on se quitte parce que ça veut dire qu'il y a tellement de choses qu'on perd qu'on en avait en fait gagné des milliers. Et ne vous inquiétez pas, je vais pas supporter d'être loin de vous, alors peut-être que se sera impossible, que j'ai trop d'espoir et que je devrais arrêter d'y croire mais je vous jure, croix de bois, croix de fer, que je vais organiser quelque chose pour tous vous revoir.

+ Parce que vous aime tellement fort 

jeudi 25 juin 2015

Brevet de français : sujet d'imagination

Ses souvenirs ont redonné courage au narrateur : que décide-t-il de faire ? Racontez la suite du texte
Votre texte fera au moins deux pages (soit une cinquantaine de lignes)


    Perdu, seul, au milieu d'un désert immense aux couleurs de l'infini, je voyageais. Je voyageais dans mes souvenirs, redevenant l'enfant que j'étais jadis, oubliant pour un temps que ce qui m'entourait n'était rien d'autre que du sable. Je me ressourçais, retrouvant espoir par les songes.

    C'est alors que je réalisai que rester ici, à côté de mon avion inutilisable, à me lamenter sur mon sort en me demandant en vain comment je ferais, plus tard, pour me nourrir, ne servait à rien. Je n'avais pas faim pour le moment. Ni faim, ni soif. Alors pourquoi pleurer avant l'heure ? Pourquoi rester ici en attendant patiemment la mort ? Il fallait que je parte, que je marche, que j'abandonne ma dernière attache au monde civilisé pour me concentrer sur ma survie. Et c'est sur ces bonnes résolutions que je me mis en route.

    D'abord, l'euphorie d'avoir trouvé quelque chose à faire me fit presque gambader joyeusement sur la grève, tout animé que j'étais encore par les songes qui m'avaient habités. En sautillant parmi les graviers je repensais à maman et son joli sourire qui savait me consoler quand je tombais, à papa et sa voix rauque qui m'avait appris à faire du vélo et, plus tard, à me défendre (même si la meilleure solution est le dialogue), à Pedro, le caniche de mamie, et à tout ce qui avait fait mon enfance heureuse. Malheureusement, cette merveilleuse excitation ne dura pas et je me retrouvai seulement à marcher du même pas décidé que j'avais eu, plus tard, pour abattre les obstacles qui me gênaient en grandissant. Mes notes ne suivaient pas mes ambitions ? J'allais travailler plus dur. Je n'étais pas pris pour le métier de mes rêves ? Il me restait d'autres occasions à saisir. Et cette force qui avait animé ma vie ne me quittait pas, elle restait, perchée sur mon épaule droite, à me crier de persévérer. Alors, même si je ne savais plus quel jour il était ou encore depuis combien de temps j'étais là, je continuais à marcher. Je commençais à avoir faim, un peu, soif, beaucoup. Et soudain, miracle, dans mon champ de vision une petite oasis, avec toute l'eau dont j'avais besoin pour étancher ma soif, toute l'ombre qu'il me fallait pour avoir moins chaud, tout ce dont j'osais encore rêvé, les lèvres desséchées, le corps ployant sous la fatigue. Plongé dans mes souvenirs, ce coin de repos me ramenait aux endroits que j'avais connu, toujours pareils à eux-mêmes quoi qu'il arrivait, permettant de se reposer et redonnant espoir. Alors, alors, je courus parmi les dunes, trébuchant, tombant, rampant presque, vers ce lieu idyllique. Je ne réfléchissais plus, j'étais un animal guidé par son instinct de survie. Je résistais grâce à l'espoir. Ce jardin merveilleux, qui m'avait paru si proche, était en fait si loin. Mais je ne voulais pas l'avouer, je ne voulais pas l'admettre. Et l'espoir, ce beau espoir, était toujours là, et ma fougue, ma douce fougue, était à ses côtés dans la lutte.

    Il faut croire que le ciel, lui, n'était pas avec moi, car je courais sans le savoir après la plus amère des chimères. Et quand je m'écroulai pour la dernière fois aux portes de ce paradis, finalement terrassé par l'effort, l'oasis disparue et à sa place apparu mon avion délabré qui paraissait ainsi, au milieu de ce désert, le plus majestueux des rois.

jeudi 18 juin 2015

Souris à la vie

Comme si elle te souriait


Il y a des soirs comme aujourd'hui où il m'arrive de me demander quelle chose je n'ai pas encore compris à la vie. Est-elle vraiment aussi dure que ce qu'on le dit ? Dans ma tête, c'est un peu comme la mer, qui se déchaîne par moments mais qui tellement belle en général. Mais est-ce que ce n'est pas une vision un peu naïve de l'humanité et de tout ce qui va avec ? Honnêtement, je ne pense pas. Mais parfois, quand le monde ne tourne pas comme tu le voudrais, que les gens te quittent et que tu les vois partir sans pouvoir rien faire, que pleurer, alors tu es tenté de te dire que oui.

Bizarrement, chaque chanson à son moment et celle que tu penserais parfaite pour telle ou telle situation n'est pas forcément celle vers laquelle tu te tourneras. En vérité, on ne sait jamais comment on va réagir, on peut que tenter de l'imaginer, vainement, histoire d'essayer de se préparer. C'est comme lorsqu'on dit "Si j'avais fait la guerre, j'aurais agi comme ça". Mais qu'est-ce qu'on en sait, puisqu'on n'y était pas ? Comment on peut être certain qu'on n'aurait pas fait parti de ces gens détestables qui tuent pour survivre ou de ces héros admirables qui tuent pour la liberté ? Dans tous les cas, des gens seraient morts, et dans tous les cas on aurait provoqué ces morts, mais c'est tout ce qu'on pourra jamais savoir. D'ailleurs c'est mieux comme ça. Imaginez qu'on se rende compte qu'en vérité, on aurait été des traîtres ? Vous n'auriez pas comme premier réflexe de vous détestez, vous ?

+ https://www.youtube.com/watch?v=VyBif-wAXvY

samedi 23 mai 2015

Le Chant des Partisans


<< https://www.youtube.com/watch?v=HWhblf8DsCY >>

Je me présente, je m'appelle Henri, 19 ans, juif et membre actif de la Résistance. Je fais donc parti de ce groupe de gens qui aimerait que le monde change, qu'il redevienne un petit peu plus joyeux et qui s'en donne les moyens. C'est pourquoi je me retrouve là, devant un immense homme à la carrure imposante qui me fixe de ses yeux bleus perçant en me secouant des tracts à la figure. Des tracts ? Que dis-je, LES tracts ! ne puis-je m'empêcher de penser, oubliant de l'écouter. Ceux censés redonner force et courage à tout le peuple grâce à la chanson "Le chant des Partisans" inscrit dessus. C'est sûrement pour cela que le chef de notre réseau insiste autant sur ma décision, d'ailleurs.
- T'es sur de toi petit, vraiment sur ? qu'il me demande toutes les cinq secondes. Je crois qu'il sait aussi bien que moi qu'en diffusant le chant je me jette dans la gueule du loup.

Je vous ai passé le récit de notre longue discussion où j'argumentais sur mon envie de participer à la cause, les yeux brillants et le ton haut, plaidant mon cas en gesticulant dans tous les sens, tandis que de son côté il arguait que j'étais peut-être trop petit pour porter un tel poids sur mes épaules. Il faut dire que mon allure chétive ne donne pas non plus vraiment confiance en ma capacité à être fort. Mais l'important à retenir reste que je me retrouve à attendre le bus, les tracts dans ma sacoche, prêt à tout pour remplir ma tâche. Enfin je me dis maintenant que c'était plus facile de penser au danger que cette histoire représente bien à l'abri au siège. A l'heure actuelle, je regarde les gens marcher devant moi et je me demande : Pourquoi ne puis-je pas jeter les papiers en l'air ici même avant de partir en courant ? Pourquoi ne pas les donner aux passants en leur spécifiant de répandre cette chanson partout où ils passeraient ? Mais en même temps une petite voix me souffle la réponse : tout simplement parce que les autres accorderont tout autant d'importance au chant en lui-même qu'à la manière dont il a été diffusé. Et que si celle-ci se résume à un jeune garçon fuyant à toutes jambes en jetant derrière lui des feuilles comme des confettis en jours de fête, on risque plutôt de s'interloquer en se demandant qui est ce fou que de se révolter. J'en suis toujours là dans mes interrogations, à douter de mon côté rationnel qui doit forcément être un peu déréglé vu ce que je viens d'accepter de faire, quand le bus arrive dans un nuage de poussière. "Enfin..", je souffle tout bas; car sa venue signe la fin de la première étape : l'attente. Je grimpe en même temps que la foule, me trouve une place au fond et m'installe dans un petit coin, le corps recroquevillé sur lui-même, protégeant de ma masse mon sac. Quel trésor vaut-il qu'on risque sa vie pour le préserver ? Mon cœur tambourine dans ma poitrine et semble vouloir sortir de mon corps un peu plus à chaque arrêt. Je suis sûr de survivre quand on roule parce que pour l'instant, personne ne me paraît suspect, mais dès que quelqu'un de nouveau entre j'ai peur qu'il porte l'uniforme maudit. Je me suis mis à transpirer et j'ai l'impression que tout le monde me fixe. Arrête, t'as l'air coupable ! Change de tête ! Ne souris pas, ne pleure pas non plus, ne montre rien ! J'ai beau m'exhorter à l'indifférence, je suinte de peur. C'est l'étape la plus risquée, celle où tout se joue. Soit j'ai de la chance et je finis ma traversée tranquille, n'ayant plus que quelques pas à faire en descendant pour donner les milliers d'exemplaires à mon coéquipier chargé de les faire tomber du ciel, plus tard, soit je me fais prendre et Dieu seul sait alors ce qui m'arrivera.
Il ne me manque plus que deux arrêts et tout sera fini. Plus qu'un. Je descend, léger. Un discret soupir s'échappe de mes lèvres alors qu'une cape de soulagement s'abat sur moi. J'accélère le pas, courant presque. Plus rien ne semble m'arrêter et dans ma tête, la guerre est déjà gagnée, parce que cette chanson va marquer la fin d'un règne, j'en suis certain. C'est alors qu'une main se tend, me saisit le poignet et me tire brusquement.
- Eh petit, tu viens d'où comment ça ?
Un sergent, un sourire goguenard plaqué sur la figure, me fixe, une lueur malveillante dans les yeux. Pas de panique, pas de panique, je peux encore m'en sortir ! Je sais qu'il n'attend pas vraiment de réponse, alors je le fixe juste en attendant qu'il me lâche. Je prie Dieu de me sauver en essayant de contrôler ma respiration. Il ne s'est encore réellement rien passé. Tant qu'il ne regarde pas du côté de la sacoche, tout va bien.
- Montre-moi ce que tu portes là.
Je crois qu'il lit dans les pensées, c'est impossible sinon. Mais je ne veux pas qu'il voit les tracts, je ne veux pas qu'il les touche. Est-ce que j'ai le temps de partir en courant ? Dans un demi-millième de secondes il va comprendre que je cache quelque chose à mon manque de réaction. Alors, je me dégage et je pars en courant. Je ne sais pas ce que j'espère en fuyant ainsi. Peut-être remplir ma tâche, coûte que coûte, tant qu'à en mourir. Il doit avoir analysé les événements, je suis sûr qu'il est sur le point de me tirer dessus. Mais moi, dans quelques pas, je pourrais glisser mon paquet dans notre planque. On le retrouvera peut-être dans longtemps mais on le retrouvera, je le sais. A ce moment, je fais une course contre la montre. En dégageant la sacoche de mes épaules, je pense à ce que j'aurais pu devenir si tout avait été différent et j'espère sincèrement que mon acte changera la donne. J'entends le bruit de l'impact plus que je ne sens la balle s'enfoncer dans mon corps. Une deuxième la suis, bientôt rejointe par une troisième. Y en a-t-il d'autres après ? Je n'arrive plus bien à compter. Je ne sens déjà plus mon corps lorsqu'il bascule avant de s'échouer lamentablement à terre. Mes oreilles sont bouchés et la vie s'écoule à grands flots de sang rouge qui viennent former une flaque. La dernière chose que je vois est la silhouette du soldat se pencher vers moi. Il se demande sûrement pourquoi je souris, il le découvrira bientôt, quand le peuple se révoltera, et alors j'espère qu'il pensera à moi.

Alors ne vous étonnez pas si vous me voyez sourire à la mort, car j'ai trouvé la réponse à ma question : le seul trésor qui vaut le prix qu'on risque sa vie pour le préserver n'est autre que la Liberté.

samedi 16 mai 2015

Comme un enfant

La candeur


<< https://www.youtube.com/watch?v=jwXozO-qKPI >>

Comme un enfant je prends mon doudou. Bouboule. Une espèce d'énorme boule de poils tout doux, avec deux petites oreilles et un joli museau, le tout qui forme une bouille toute mignonne. Je le prends et je le serre très fort tout contre moi. La tête à moitié enfouie sous sa masse, je fixe le vide. Il fait nuit, il fait tard. Dehors, le hululement d'une chouette vient parfois briser le silence qui s'est installé. La maison craque de mille et un bruits, ces bruits qui te faisaient frémir quand, enfant, tu te réveillais en pleine nuit. Seulement, cette fois, je ne dors pas. Je n'ai pas sommeil. Le regard plongé dans des rêves invisibles, je cherche. Qu'est-ce que je cherche ? Quelque chose. Je cherche ce que je dois chercher parce que dans ce cache-cache, un des deux joueurs ne sait pas à qui il a affaire. C'est fou comme dans les moments de doutes tu as tendance à retourner à tes vieilles habitudes. Seulement voilà, ce n'est plus comme avant. Je n'ai pas juste à appeler ma mère pour que tout s'arrange, pas cette fois. Je pourrais toujours lui dire que cela ne changerait rien au fait. La vie passe son cours, les mois défilent, les heures de cours me passent devant le nez sans que je puisse les fixer attentivement et mes dernières minutes de tranquillité filent entre mes doigts sans que rien ne puisse y changer quelque chose. Bientôt, le mot "Fin" apparaîtra sur toutes les lèvres et pour tout le monde il aura une signification différente. Certains se sentiront léger, d'autres seront empli d'un sentiment de plénitude complet. Et puis il y aura ceux qui pleureront à ces personnes qu'ils perdront à l'instant même où la cloche sonnera pour la dernière fois avant deux mois. Il y aura des embrassades, plein de câlins à l'horizon. Des larmes, sans aucun doute. Des numéros de téléphone échangés à la va-vite, peut-être, et même certaines personnes qui partiront sans rien dire, en silence, comme à leur habitude. Mais si vous cherchez bien, vous verrez, parmi tout ce brouhaha, des jeunes qui partent à la découverte, empli de l'amour de leurs proches. Ils ne se rendront peut-être pas compte de ce qu'ils gagnent, mais ils auront pleinement conscience de ce qu'ils perdent. La sûreté d'une classe déjà faite, d'un bâtiment grand mais pourtant mémorisé jusqu'à ces moindres recoins, de professeurs connus et de surveillants qui les ont vu grandir. 

Comme un enfant je sens mon cœur se serrer pendant que je réalise qu'effectivement, je sais ce que je perds. Je le sais trop bien, et qu'est-ce que ça fait mal putain. Je me rappelle, l'an dernier, le soulagement que j'avais ressenti en sachant qu'il me restait une année pour me préparer mentalement à dire adieux aux autres. J'avais souri, j'avais même ris avec ma classe. Pourtant, quand on avait dû se séparer pour deux mois, des larmes m'étaient venus, couvrant ma vision d'une enveloppe floutée. J'avais vu le monde en double l'espace de quelques instants, puis j'avais refermé les paupières, m'étais secouée et les avais rouvertes, de nouveau souriante. Et cette année, alors, comment tout serait ? Différent. Qui aura l'honneur de voir le premier de l'eau jaillir de mes yeux ? peut-être même personne, qui sait. J'attendrais peut-être le soir, la nuit venue, pour prendre Bouboule. Avant, quand j'étais trop triste, je prenais doudou lapin et je lui mordais les oreilles. Je ne comprends même pas comment elles ont faites pour tenir et ne pas s'arracher. Maintenant, doudou lapin est aux pieds de mon lit et je préfère attraper Bouboule. Le serrer très fort, tout contre moi, pour expulser ce trop plein d'émotions en faisant jouer mes muscles. Ce qui n'a pas changé, c'est que j'ai encore besoin d'eux. Mes doudous. Trop grande pour les utiliser encore ? Peut-être, et alors ? Vous préféreriez que je m'exprime ? Mais pour dire quoi ? Que ma vie actuelle me manquera ? Mais vous le savez déjà.

+ Parce qu'un enfant, c'est aussi bien toi que moi ♫

mercredi 29 avril 2015

Les froufrous et tout le tralala

Être une reine


Qui n'a jamais rêvé, enfant, d'enfiler une belle robe de princesse pleine de froufrous, tout en se faisant délicatement poser sur la tête un diadème serti de fines pierres précieuses ? Qui n'a jamais rêvé d'avoir des dizaines de serviteurs pour la servir, un château pour maison avec évidement une écurie et les chevaux qui vont avec, et tant pis si on ne sait pas s'en occuper ? Qui n'a jamais lu le guide pour être une parfaite princesse en essayant vainement de respecter les règles, se tenir droit et s'entraîner pour se faire en faisant des allers-retours un livre sur la tête, croiser les jambes parce que ça fait plus féminin, tenir ses couverts délicatement à table en levant le petit doigt pour boire ? 

Qui n'a jamais espéré, plus tard, le cœur battant à tout rompre, être invité pour une danse en se faisant désirer, de se faire accoster par le blagueur de la classe juste pour avoir le droit à son fameux "T'as de beaux yeux tu sais" . Parce que oui, il le fait à tout le monde mais justement, pourquoi les autres et pas nous ? Et qui n'a jamais attendu en secret qu'on l'invite à faire un tour sur la plage, à la nuit tombée, une légère brise vous caressant le visage et le bruit de la mer dans vos oreilles ? On a tous des rêves communs, dont ceux d'enfances qui se ressemblent malgré le fait que le monde ne soit pas pareil. Pourtant, ne sommes-nous pas tous différents ?
Certains vous diront que l'Homme n'a pas une pensée universelle, d'autres vous asséneront qu'on est tous pareils. Personnellement, je pense qu'on se rejoint et se sépare chacun à notre manière, mais qu'au fond, une minuscule partie de notre être sera toujours commune à tous.

+ Parce qu'au fond, qu'est-ce que c'est, une invitation à un bal ? ♪